« Il faut que ça bourdonne et qu'il y ait des coins sauvages »

  • Jardinières : Juliane Wenke-Zobler
  • Lieu / Région : Birmenstorf (à environ 390 m d'altitude)
  • Utilisateurs du jardin : Juliane et sa famille ; les enfants n’utilisent pas seulement l’aire de jeux, surtout le cadet qui adore participer aux projets et qui a son propre petit potager. Les polistes, des guêpes sociales, ont investi toute la cabane de jardin, et de nombreux lézards viennent aussi volontiers y faire un tour.
  • Depuis quand le jardin est-il aménagé de manière proche de la nature : depuis sa reprise en 2017
  • Superficie du jardin : environ 100 m2
  • Année de la distinction : 2026

Projet préféré :

Le dernier projet en date a consisté à transformer un cercle de pierres avec des cardères sauvages en un élément structurel plus grand comprenant une « cave à coléoptères », pour lequel on a pu utiliser du bois de récupération provenant de Birmenstorf. La cave à coléoptères n’est pas seulement très jolie à regarder, elle offre aussi à plein de petites bestioles l’abri et la protection dont elles ont besoin, que ce soit contre la chaleur ou le froid. Surtout quand on a des matériaux de récupération à écouler, ce qui est très souvent le cas avec le bois mort, on peut réaliser un tel élément à moindre coût, et même les enfants peuvent donner un coup de main.

En 2026, le jardin de Juliane Wenke-Zobler a été récompensé par Andermatt Biogarten pour son caractère naturel et sa biodiversité. | © Andermatt Biogarten AG
Quand on regarde le cycle dans son ensemble, on se rend soudain compte que tout a une raison d'être et sert à quelque chose.
Juliane Wenke-Zobler
À partir d’un cercle de pierres avec cardère a été créée une cave à coléoptères en bois mort offrant un abri protégé contre chaleur et froid à de nombreux insectes et petits animaux. | © Andermatt Biogarten AG

Critères remplis

  • Plantes à floraison printanière ou automnale
  • Lieux de nidification pour les oiseaux
  • Abri d'hiver ou de jour pour les petits mammifères
  • Abri d'hiver ou de jour pour les insectes
  • Lieux de nidification pour les abeilles sauvages
  • Cultures mixtes ou plantes favorisant les organismes utiles
  • Végétalisation des toits ou des murs
  • Éléments perturbateurs réduits au minimum
  • Autres : éléments de bois mort, vivaces sauvages, haie Benjes

En conversation avec Juliane Wenke-Zobler

Andermatt Biogarten : Qu'est-ce qui t'a donné envie de créer un jardin dédié à la biodiversité ?

Juliane Wenke-Zobler : Ça s'est fait petit à petit quand j'ai repris le jardin. Chaque jardinière commence un peu différemment et laisse sa propre empreinte dans le jardin, et ça a été pareil pour moi. Je me suis intéressée à la permaculture et j’ai ainsi commencé à voir de plus en plus le cycle dans son ensemble. Tout à coup, on se rend compte que tout a une utilité, une raison d’être et sa place dans la nature. Et c’est justement ce qui rend tout ça incroyablement passionnant : on observe le jardin et on se demande : « D’où vient cette plante sauvage ? » Quels insectes se nourrissent de cette plante ? Et une fois qu’on commence à s’y intéresser, on ne peux plus s’en passer.

Par quoi as-tu commencé dans ton jardin biodiversifié, que recommandes-tu aux débutants ?

Au départ, le jardin était plutôt modeste : un figuier, pas grand-chose d’autre, et quand il y avait quelque chose, c’était plutôt des plantes exotiques. Mon mari s’est ensuite peu à peu attaqué à l’aménagement extérieur ; le potager n’avait pas besoin d’être trop grand, vu qu’on est membres d’une AMAP (Agriculture de Solidarité). Je cultive moi-même les semis, et si on laisse toujours quelques légumes fleurir, ça fait aussi le bonheur des insectes. En revanche, il y avait de la place pour trois arbres fruitiers en colonne et un coin gourmand avec des baies, et dans la partie en prairie, j’ai pu intégrer des îlots où la végétation peut pousser plus longtemps, et où même une fourmilière sera laissée tranquille. Les plantes grimpantes comme le kiwi et la vigne offrent une ombre agréable et apportent encore plus de verdure. Même pour les petits jardins, il existe des arbres précieux pour la biodiversité, comme par exemple le saule à oreillettes.

On peut intégrer plein de choses dans le quotidien des jardinier·ère·s : faire son propre compost (où poussera ensuite la citrouille), récupérer l’eau de pluie, et fabriquer soi-même du purin à base de consoude et de prêle pour renforcer les plantes. Surtout au début, c’est intéressant de faire un plan du jardin et de noter tes observations sur plusieurs années ; comme ça, tu vois ce qui doit pousser, où en est chaque plante et à quel stade elle en est. L’utilisation d’applications comme Natura DB peut aussi être passionnante : tu y enregistres tes propres plantes et l’appli t’indique combien et quels insectes en profitent – ça motive.

Quels défis as-tu rencontrés et comment les as-tu surmontés ?

Sans doute le climat, vu que je n’ai pas de système d’arrosage. Mais le paillage m’aide bien quand il fait chaud, ce qui me permet d’arroser relativement peu. Et puis, bien sûr, il y a la charge de travail qu’implique un jardin : pour maintenir un certain ordre, il faut une bonne organisation, surtout à côté du boulot, des enfants et de la coopérative agricole. Mais les différentes façons de cultiver un jardin, au sein de la famille et entre voisins, exigent parfois un peu de souplesse. … et parfois, c’est tout simplement difficile de se détacher du jardin à la fin de la journée ;).

Quels changements as-tu pu observer dans ta vie de jardinière ?

Avec le jardinage biodiversifié, la biodiversité s’est littéralement installée chez moi : ça bourdonne, ça stridule, ça vrombit et ça bouillonne de vie. Ça bruise de partout, il y a toujours plus à découvrir et ça reste tout simplement passionnant (même pour les yeux). On s’y sent bien, et l’environnement fait tout simplement du bien. Ce que je trouve passionnant, c’est de voir à quel point le jardin change d’aspect chaque année.

Qu’est-ce qui est prévu pour l’avenir ?

Quand je suis assise là, devant mon abri de jardin, j’imagine encore un autre élément tout en courbes. Quelque chose qui apporte un peu plus de structure, comme par exemple une plate-bande surélevée. J’ai aussi du bois mort qui traîne ou la terre excavée de la cave à coléoptères, que je peux encore intégrer dans un projet. Et puis d’autres vivaces sauvages, ou encore quelques campanules de plus. On n’en a jamais assez dans un jardin.

Félicitations Juliane, pour cette distinction et merci beaucoup d’être un modèle de biodiversité avec ton jardin !

Petit mini-étang qui offre même dans un jardin exigu de l’eau comme habitat pour insectes, amphibiens et autres animaux | © Andermatt Biogarten AG

Ci-dessus : un petit bassin montre comment les plans d’eau peuvent trouver leur place même dans un jardin familial. Les plantes aquatiques permettent de garder l’eau claire et d’éviter qu’elle ne se dégrade ; elles offrent en même temps des cachettes et des lieux de frai. Les escargots aquatiques, les libellules, les coléoptères aquatiques et les oiseaux assoiffés y trouvent un habitat précieux ou un point d’eau sûr.

Un emplacement semi-ombragé empêche toute surchauffe et toute prolifération excessive d’algues. Une zone peu profonde ou des pierres disposées dans l’eau facilitent l’accès et la sortie des insectes et des petits animaux.

Tas de pierres de tailles variées créant des cavités de différentes dimensions servant d’abri aux reptiles, insectes et autres petits animaux | © Andermatt Biogarten AG

Ci-dessus : dans le tas de pierres, les reptiles, tels que les lézards, trouvent des endroits ensoleillés pour se réchauffer tout en bénéficiant de cachettes sûres contre leurs prédateurs. De petites cavités se forment entre les pierres, dans lesquelles s’installent des coléoptères, des araignées et d’autres insectes.

À droite : de grosses branches de bois mort sont délibérément laissées au sol et ne sont pas retirées. Dans les fissures et les galeries creusées dans le bois, diverses espèces d’abeilles sauvages, comme l’abeille charpentière, mais aussi des guêpes et d’autres insectes, utilisent ces structures comme lieu de reproduction et de refuge. Avec le temps, des champignons, des mousses et des lichens colonisent les branches et contribuent à la décomposition progressive du bois. Associé au coin sauvage adjacent, cet ensemble forme un habitat riche en biodiversité

Coin de jardin calme avec bois mort à différents stades de décomposition créant des habitats précieux pour insectes, champignons et autres organismes | © Andermatt Biogarten AG

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